Présentation


Je suis arrivée au Mali en janvier 2007 pour une durée de deux ans. J'ai été embauchée par la coopération allemande dans un projet d'appui à la décentralisation, le PACT (Programme d'appui aux collectivités territoriales), basé à Bamako.

Le projet touche 95 communes rurales (sur 705 au total) et concerne différents domaines liés à l'administration communale, la gouvernance locale et le développement économique. Il s'agit d'apporter un appui technique aux élus et au personnel communal. A titre d'exemple nous intervenons en état-civil, archivage, comptabilité, collecte des impôts, gestion des ressources naturelles, etc.
Mon travail consiste à standardiser notre méthode d'intervention. Après une phase expérimentale, il s'agit à présent de "capitaliser" nos expériences, et de les "uniformiser", avant de les répliquer dans de nouvelles communes. L'objectif de ma mission est donc de concevoir des guides méthodologiques pour les différents domaines.
Ce travail, plutôt sédentaire, m'amène parfois à suivre mes collègues dans leurs missions.
Les articles de ce blog présentent quelques anecdotes sur cette expérience professionnelle, la vie quotidienne au Mali, mais aussi ma découverte du pays.

Bonne lecture et

bon voyage !...


Anne-Laure (Anna Coulibaly)

 

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Mardi 8 septembre 2009

forage au chef lieu de Dianguirdé

Anna Coulibaly et Astan Coulibaly

Après six mois de travail sur les dossiers de coopération décentralisée entre Ivry et Dianguirdé, j’ai enfin réalisé ma première mission sur le terrain. En juillet, j'ai donc passé deux semaines au Mali pendant lesquelles j’ai pu découvrir les projets et faire connaissance avec mes partenaires. J’avais régulièrement échangé par téléphone avec Séverin Dembélé, le secrétaire général de la commune. Comme sa voix le laissait présager, c’est quelqu’un de très sympathique et engagé. Il a le mérite de se démener dans une commune sans ressources, dans laquelle les habitants n’ont pas encore de conscience citoyenne. A notre arrivée, cela faisait 3 mois qu’il n’avait pas été payé….

Avec le comité de jumelage, nous avons sillonné la commune composée de 14 villages pour faire un suivi des projets. Ceux-ci concernent l’accès à l’eau, la santé, l’éducation et les activités génératrices de revenus pour les femmes.  

Ivry a cofinancé une dizaine de forages en 2007. Ces points d’eau ont réellement révolutionné la vie des femmes. Malheureusement certaines pompes sont déjà défectueuses. Il est donc urgent de mettre en place des formations pour la maintenance et la réparation du  matériel. Après avoir rencontré les différents services techniques concernés, nous espérons que les comités de gestion soient fonctionnels d’ici la fin de l’année.

L’accès à l’eau permet aux femmes de faire des projets, et notamment de développer des activités de maraîchage, pour leur propre consommation mais aussi pour générer des revenus. Nous rencontrons donc différents groupes de femmes pour évaluer les besoins en matériel et en formation. A chaque fois que je leur demande ce qu’elles souhaitent faire pousser, elles me répondent inexorablement des oignons, et parfois  des pommes de terres et des carottes. En fait, le problème de stockage et de transport rend impossible la culture de tomates, haricots, salades… (nous avons passé 12 jours à manger des plats à la sauce oignon, sans le moindre légume vert !) Reste à assurer la formation et notamment l’alphabétisation de ces femmes. Car une chose est de cultiver, une autre et de savoir gérer un petit commerce !

Après avoir travaillé au PACT sur la méthodologie de projets, je suis satisfaite de pouvoir mener  directement des actions de développement. En deux ans au Mali, je n’avais jamais fait une mission de terrain si longue en brousse.  Le passage de la « modularisation » à la pratique n’est bien sûr pas évident. La ville d’Ivry n’est pas la coopération allemande. Le manque d’expérience, de méthode et de moyens rend la gestion de projet plus difficile. Je  suis pas seule à décider et dois faire de nombreux compromis. La gestion ponctuelle des projets et le manque de vision (au détriment d’un renforcement des capacités sur le long terme) m’exaspèrent parfois. Mais cette mise  en situation me permet de faire appel, une fois de plus, à ma patience et à mes qualités de pédagogie et de persuasion ! En espérant que je pourrai bientôt voir l'impact sur le terrain. Inch allah !

Par Anne-Laure Barrès - Publié dans : Découverte
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Vendredi 19 juin 2009
Ce blog avait pour vocation à présenter des anecdotes sur le Mali et la vie d'expatriée. Depuis mon retour, il est du coup moins facile de l'alimenter. Mais heureusement d'autres prennent le relais : ainsi Sébastien, ancien collègue du PACT et ami, a écrit ce texte succulent que je ne peux résister à vous faire partager !


Ali, Lamine et Idrissa Maiga présentent
Dans notre série „Saveurs oubliées de nos brousses“

 

Le ragout de margouillat à la ségouvienne



1. Prenez 4 gros margouillats préalablement estourbis à coup de fouet

 

2. Décapitez les bêtes à l’aide d’un couteau (un caillou tranchant ou de bonnes dents feront aussi l’affaire)

 

3. Videz les bêtes (Ali nous confirme que des trippes de margouillat font un jouet idéal pour un enfant de 2 ans)


4.     Epluchez les margouillats en tirant la peau qui se retire comme un gant. (NB : le cuir de margouillat n’a aucune valeur marchande, n’essayez pas de le refiler au maroquinier le plus proche de chez vous)

 

5.    Faites revenir les animaux dans de l’huile et des oignons, salez, ajoutez un peu d’eau et de riz précuit



6.     Laissez mijoter 15 minutes, invitez les autres enfants du quartier à se régaler.

 



Par Anne-Laure Barrès - Publié dans : Découverte
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Dimanche 12 avril 2009

 

 

Ce coup si ça y est, je suis enfin de retour. Installée dans un nouveau chez moi depuis début mars, j’ai enfin posé mes valises et repris mes repères à Paris. Le début a certes été difficile, mais s’est effrayant comme on se réhabitue finalement assez vite au quotidien parisien, au métro, etc. Dans les premières semaines, le corps résiste, lutte, et se demande au nom de quoi il devrait accepter ce rythme de dingue, et puis au fil des jours, le corps se plie à la cadence, pour finalement l’intégrer complètement, comme si on n’avait jamais quitté Paris. De fait on n’a pas le choix : soit on craque et on reprend l’avion direct, soit on accepte la contrainte du rythme pour mieux profiter des avantages qu’offre la vie parisienne.
Dans Théorie du voyage, Michel Onfray dit que « le lieu quitté puis retrouvé donne l’axe sur lequel oscille la boussole », sans quoi le voyageur serait déboussolé. L’arbre généalogique Barrès n’a certes que quelques petites racines à Paris, et pourtant, grâce aux liens que j’y ai tissé ces 12 dernières années (-2), c’est ici que je me sens chez moi. Peut-être justement parce que seul Paris donne l’hospitalité aux sans-racines (là où la province se méfie de l’étranger…), et offre des repères tout en permettant de continuant à voyager, d’un quartier à l’autre.
Du 18ème, que j’ai tant aimé, au 19ème, c’est en effet encore une découverte, un changement dans la continuité… Je retrouve à Pyrénées ce que j’ai aimé à Montmartre. J’aime ces entre-deux, ces coins en relief entre un quartier populaire en bas (Barbès / Belleville) et un quartier plus chic en haut (Sacré coeur / les Buttes Chaumont). J’aime me balader dans les ruelles de mon nouveau quartier (la villette, la mare, l’ermitage…), pour le coup plus authentiques que Montmartre, qui s’est un peu « amélipoulainisé »...
Il me reste encore quelques cartons à ouvrir, et bien sûr encore des tas de photos et de souvenirs à classer. Car même si les bagages sont posés, le voyage n’est pas encore complètement fini. Assurer de front une reprise de boulot et un emménagement, ne m’a malheureusement pas beaucoup laissé d’énergie pour penser. Pourtant, tourner une page prend du temps, pour laisser les émotions faire leur chemin, ne pas les refouler et accepter cette douce nostalgie, comme un passage initiatique, entre deux vies, deux identités. Un peu Anne-Laure et encore un peu Anna… Digérer les souvenirs pour s’en nourrir, c’est ça aussi la « capitalisation» !...

 

Par Anne-Laure Barrès - Publié dans : Les choses de la vie
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Jeudi 29 janvier 2009


Anna Coulibaly ne comprend pas trop ce qui lui arrive. Températures autour de zéro, ciel gris, les gens emmitouflés dans leurs manteaux sombres qui marchent en baissant la tête pour se protéger du froid. La foule dans le métro qui, aux heures de pointe, oblige souvent à laisser passer un train ou deux avant de pouvoir rentrer dans une rame et avoir la joie de se sentir serrer comme une sardine en boîte (même plus possible de profiter des trajets pour bouquiner). Mais où sont donc passés les couleurs, les enfants, les moutons ?

Et puis ces SDF qui font la manche, cette exclusion qui saute au visage et qui est plus violente encore que la pauvreté, car au Mali, la pauvreté à cette caractéristique qu’elle est partagée par le plus grand nombre.

Il y a toujours ces mêmes files en bas des immeubles pour visiter les appartements, qui toujours aussi petits et encore plus chers qu’il y a 3 ans… Les salaires eux n’ont pas augmenté mais les propriétaires exigent toujours qu’on gagne trois fois le montant du loyer, ce qui revient à dire qu’on doit habiter dans plus petit…

Non, Anna ne comprend pas trop ce qui lui arrive… et certains matins, en allant au boulot, alors que le jour n’est pas encore levé, elle se demande bien ce qu’elle fait là !

Heureusement il y a des petits moments de bonheur, qu’il faut savoir saisir. Dans le métro, parfois, un chanteur ou un poète arrive à arracher un sourire aux passagers. Et puis bien sûr il y a les amis, les cafés, le ciné et les belles balades dans Paris, car on n’en a jamais fait le tour et il reste toujours des coins sympas à découvrir.

Aujourd’hui c’est la grève, signe qu’une fois de plus les français en ont marre. La mairie d’Ivry est quasiment fermée. Chouette ça permet de faire la grâce mat’ et de passer une journée sans métro !

Par Anne-Laure Barrès - Publié dans : Les choses de la vie
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Jeudi 1 janvier 2009
   

De retour en France, j’ai repris mon passeport et mon nom de baptême. Alors, quel devenir pour le blog d’Anna Coulibaly en 2009 ? Et bien, après les aventures d’une expatriée au Mali, je vous propose de suivre à présent les aventures d’une malienne à Paris. A part le froid, qu’il est difficile d’affronter après deux ans sans hiver (environ -10° sur la photo !), il y a pleins de (bonnes et mauvaises) choses auxquelles je vais devoir me réhabituée…

En attendant, je vous souhaite à tous, en France, au Mali ou ailleurs, un très bon début d’année 2009 !  
Par Anne-Laure Barrès - Publié dans : Les choses de la vie
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